Rencontres

Rencontre avec Maxime Ginolin « Art, militantisme & droit des animaux »

C’est avec plaisir et honneur que Le cri de la Carotte — Sciences Po a organisé le mardi 21 Novembre à Hank Pizza, Paris, une rencontre avec l’artiste Maxime Ginolin (notamment connu pour le clip « Le Jugement » [2013] mettant en scène un tribunal d’animaux jugeant l’Humanité) sur le thème « Art, militantisme et droit des animaux ».

Voici un compte-rendu non exhaustif des échanges qui ont eu lieu ce soir là autour de bonnes pizzas véganes.

Présentation :
– Maxime est compositeur, chanteur, réalisateur et acteur
– Formation à l’école Factory de Lyon, diplôme de réalisateur-metteur en scène en 2013
– Artiste végane engagé dans la lutte antispéciste

Labélisation « The Humane society » aux USA :
Certifie que les animaux non-humain·e·s ont été bien traité·e·s lors de la réalisation d’un film. Mais problème : ne gère pas ce qui se passe à l’extérieur des locaux de tournage
Exemple : durant la réalisation du « Hobbit », 30 animaux non-humain·e·s ont péri de froid, et l’équipe de tournage n’a pas été considérée comme responsable, étant donné que les animaux non-humain·e·s étaient installé·e·s en-dehors du local de tournage.

Comment est-ce qu’ont fait les réalisateur·trice·s américain·e·s pour leurs films n’ayant pas obtenu cette labélisation ?
Iels n’ont pas obtenu leur brevet, ou n’ont pas tourné leur film aux USA.

Les animaux non-humain·e·s ont-ils vraiment une place sur le plateau ?
Non, pour des raisons essentiellement comportementales. Tourner ne serait-ce que quelques plans nécessite de nombreuses heures d’immobilisation des animaux. Cette situation est proche de ce qui est demandé des animaux non-humain·e·s au cirque et conduit à leur aliénation.
Certains animaux non-humain·e·s sont shooté·e·s (drogué·e·s ou refroidi·e·s) pour qu’ils restent calmes et ne bougent pas.

« Ben-hur » : une centaine de chevaux ont décédé lors du tournage, en plus de ceux qui ont eu les tendons sectionnés par des câblages tendus pour les faire tomber lors de certaines scènes
« Le Territoire des loups » : durant le tournage, le garde-forestier a tué 4 loups et l’équipe de tournage les a mangés

Quelles sont les sources de ces faits ?
Interviews des acteur·trice·s
Polémiques
Par exemple : John C. Reilly s’est retiré d’un tournage pour un film réalisé par Lars Von Trier car ce dernier a demandé à ce qu’on tue un âne, que l’équipe a ensuite mangé
Autre exemple : le film « Camp 731 » présente une scène d’horreur, où un chat badigeonné de miel rouge est jeté dans une fosse aux rats

Mais, existe-t-il alors des films où des efforts ont été faits pour le bien-être des animaux non-humain·e·s ?
Oui, par exemple pour son film « Noé », Darren Aronofsky a demandé à ce qu’on recourt uniquement aux images de synthèse.
Autre exemple, « L’Aube de la planète des singes » est une critique de la civilisation. Les singes ne libéreront dans le zoo que leurs congénères. Cet esprit guerrier serait intrinsèquement lié aux primates dont les êtres humain·e·s font partie ? Donc remise en cause de l’expérimentation animale… mais pas libération animale puisque les singes ne sauvent que d’autres singes et ignorent les autres animaux…

« Odyssée de Pi » : pour la scène de la piscine, le tigre a cru se noyer car on l’y a laissé durant des heures pour tourner des scènes

Mais est-ce que recourir à des animaux non-humain·e·s de synthèse ne risque pas de nuire à l’esthétisme du film ?
Non, voir ce qui a été fait avec « Le livre de la jungle. » Et est-ce que mettre en danger des animaux non-humain·e·s vaut le prix de l’esthétisme ?

Annotation « aucun animal n’a été maltraité » sur les génériques :
Simple indicateur, d’autant qu’il est très difficile d’évaluer le degré de maltraitance des animaux non-humain·e·s lors d’un tournage. Il s’agit seulement d’une labélisation supplémentaire, et non d’une interdiction véritable.

Faudrait-il aller vers une législation plus ferme, avec par exemple, la présence systématique d’un vétérinaire sur les lieux de tournage ? Ce n’est même pas encore le cas.

Aspect financier du milieu cinématographique :
Ne pas oublier que l’argent est le principal motivateur. Si un incident se produit, la production s’arrangera via un chantage financier pour éviter que cela ne s’ébruite (ou prévoira en amont des clauses de silence).

« Cannibal holocaust » : pour la scène du singe décapité, un vrai singe a subi cette agression, mais comme la prise n’a pas fonctionné, iels en ont fait une deuxième avec un autre singe. Le réalisateur l’a reconnu quelques années plus tard dans une interview.

« The Revenant » : l’ours qui apparaît dans le film est en image de synthèse, par contre Leonardo di Caprio a mangé un vrai foie de bison dans une des scènes.

Sur les conditions de tournage dans les productions de Maxime Ginolin :
Depuis 7 ans, impose que l’intégralité du tournage soit végane (costumes ; maquillage avec notamment la marque « Mehron » ; nourriture ; effets spéciaux, etc).
L’ensemble de l’équipe connaît ces conditions qui sont fixées pour des raisons éthiques, sanitaires, économiques (prix de repas moins cher, ce qui permet de cuisiner avec des produits biologiques et locaux).
De manière générale, il y a de plus en plus de possibilité de demander d’avoir des repas véganes sur les lieux de tournage.
Souligne les problèmes restants à résoudre : le zero waste, et la réduction du coût carbone

« Pirates des Caraïbes » : pour les scènes de batailles, utilisation de nombreux explosifs qui ont tué beaucoup de poissons

Comment arriver à gérer les budgets maquillages, costumes et accessoires dont les frais peuvent rapidement se révéler élevés ?
Achat de tissus et les costumier·ière·s créent les vêtements ensuite
Friperies
Recettes de faux-sang végane sur internet

Est-ce que recourir à la violence dans la cinématographie pour dénoncer est constructif ?
Oui, selon la façon dont c’est amené et utilisé. Exemple de son court-métrage « la viande à chier » qui est en fait une référence à « Orange Mécanique ».

Conclusion :
– Le fait de mettre ses idées dans son travail le catégorise au rang d’activiste, et peut fermer certaines portes
– Essaie de faire son travail, son œuvre artistique et seulement ensuite de discuter de ses idées
– Cinéma de genre a des difficultés à percer en France, même Luc Besson est confronté à de nombreux obstacles
– Obtenir des subventions quand on porte ces idées-là est difficile, et le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) n’apporte son soutien financier que si on a déjà reçu des fonds privés
– Doit-on culpabiliser d’avoir apprécié des films où des animaux non-humain·e·s ont été maltraité·e·s, torturé·e·s ? Ne pas tomber dans un dogmatisme, et remettre les films dans leur contexte. Il est possible de reconnaître la dimension artistique d’un film tout en faisant son maximum pour que le droit animal soit respecté dans toutes les productions.

Nous vous invitons à découvrir le site de MagiCJacK : magicjackofficial.com et sa page Facebook (ici).

Le Cri de la Carotte – Sciences Po vous donne bientôt rendez-vous pour de nouveaux événements !

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